Interview des Shades

Ils sont cinq, ont à peine vingt ans et font du rock en français. Après le meurtre de Vénus, leur premier album, c’est au tour de 5/5 de faire passer le message des Shades. Cet album enregistré dans le tout nouveau studio de Tricatel, au milieu des Pyrénées orientales, en compagnie du réalisateur Frank Redlich, est plus abouti que le premier, grâce à une production soignée et des textes pop sur un rock garage qui emprunte autant au Velvet, aux Strokes qu’à Taxi Girl. Cette joyeuse bande de potes, épaulée par Burgalat, nous livre donc un joli album qui ravira les amateurs de rock en français.

J’ai été étonné quand j’ai appris que vous étiez signés chez Tricatel, on ne peut pas vraiment dire que votre album ait des similarités avec celui de Michel Houellebecq (Présence Humaine) par exemple. Comment s’est passée votre rencontre avec le boss de Tricatel Bertrand Burgalat ?
En 2006, Bertrand organisait un concert au Gibus. Il avait invité plein d’artistes pour faire des reprises et il nous avait contactés. Ensuite, on est allés en studio avec lui pour faire une reprise de Stevie Wonder.
Il a produit notre premier Ep, alors que l’on étaient pas encore des supers musiciens et il a réussi à faire un truc super avec cet Ep. Il nous aide surtout en nous conseillant d’essayer de dépasser nos limites, nos références. Pour le premier album, il nous a donné beaucoup de liberté artistique, on ne voulait pas vraiment écouter les idées et les conseils à l’époque. On s’est vite rendus compte que l’on avait besoin d’un réalisateur pour avoir un deuxième album plus abouti.

Votre premier album a été acclamé par la critique mais a finalement connu un succès relatif côté public, est-ce que vous souhaitez que les journalistes vous descendent aujourd’hui pour ce deuxième album ?
L’illusion du premier album, c’était « on fait un putain de disque et on va pouvoir vivre de notre musique ». Au final, les bonnes critiques, ça nous a touchés et motivés mais on a pas pu vivre de la musique comme on l’espérait. La musique, c’est un gros bizness, tout est contrôlé par les médias, les radios. Notre désillusion, ça a été ça, cette industrie du disque qui contrôle tout et qui finalement laisse sa chance à peu de monde.
Dès le début, on parlait de nous en nous collant cette étiquette de babyrockers, c’est super péjoratif et cela nous a cantonnés dans un style dans lequel on se reconnaît pas. Tous les trucs un peu nouveaux en France, ça marche pas, on attend que tu sois mort quasiment pour que ta musique marche. C’est toujours les mêmes qui font les couvertures des journaux.

C’est Mondino qui a shooté votre visuel de pochette. Vous connaissiez son travail avant de le rencontrer ?
En réfléchissant à la pochette, on s’est dit que l’on voulait une photo, on s’est demandé qui était le meilleur photographe et le nom de Mondino est arrivé de suite. Bertrand le connaît car c’est lui qui a fait la pochette du premier album de Tricatel, celui de Valérie Lemercier. Mondino a été super sympa avec nous, il adore la musique, les jeunes groupes. Et puis, s’il a accepté de faire la pochette c’est surtout parce qu’il a adhéré au projet. Son idée, c’était de ne prendre que nos visages, d’éviter tout ce qui pourrait faire que l’on nous associe à une musique ou à une autre, au final la pochette est super efficace.

Vous en êtes à votre deuxième album, mais vous êtes encore très jeunes, vous avez lâché les études pour la musique aujourd’hui ?
Pour le moment, on ne vit pas de la musique, on vit encore chez nos parents. On fait des études à la fac, on bosse à côté, on se débrouille… Ça nous permet d’apprendre des choses, et c’est sain pour nous de se cultiver et de faire des choses à côté de la musique. Mais, la vérité, c’est que l’on est prêts à tout lâcher pour la musique.

Quels sont les thèmes de ce nouvel album ?
Déjà on ne voulait pas faire de chansons d’amour, cela nous correspond pas du tout. C’est un peu rébarbatif, on a pas l’impression que les gens ont envie ce genre de trucs en 2010. Le plus souvent, les thèmes viennent des discussions que l’on a entre-nous, en tournée par exemple. C’est le cas du Dictateur, on parle souvent de cela entre nous. Ça nous fait marrer… L’autoroute, ça raconte notre expérience des tournées, et aussi le fait que l’on a passé notre permis cette année.

Les tournées, ça vous branche ?
C’est ce que l’on préfère faire, jouer en concert, partir sur les routes. C’est comme des vacances pour nous !
Depuis récemment, on a commencé à bosser avec un type qui nous a vraiment poussés niveau scène, on prend plus en considération le public, on bosse nos scénographies, mais surtout il nous a appris à nous détacher de la musique pour plus être dans l’énergie.

C’est qui le public des Shades ?
On ne sait pas trop en fait, au départ, vu que l’on était assimilés à la vague des babyrockers, c’était très jeune et très féminin, mais maintenant notre public commence à s’ouvrir et on croise un peu toutes les générations dans nos concerts.

Vous chantez en français…
On préfère écrire en français, la langue que l’on maîtrise le mieux c’est le français alors pourquoi on s’en priverait ! Le rap français est apprécié dans le monde entier, pourquoi le rock en français ne pourrait pas l’être ? Et puis chanter en anglais, c’est souvent un cache misère pour beaucoup de groupes français, donc on préfère bosser sur nos textes en français et pouvoir les assumer ensuite. C’est nul cette mode de dire que le français ne sonne pas dans le rock.

Les Shades, 5/5 (Tricatel/Jive Epic/Sony)

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