
Le premier clair de l’aube est le quatrième album studio de Tété. Un album fidèle aux sonorités folk et blues auxquelles le chanteur est attaché depuis ses premiers morceaux. Enregistré à Portland, aux Etats-Unis, Tété prend tout de même un risque tout au long des 12 titres qui constituent ce nouvel opus. Peut-être moins accessible à la première écoute que les précédents albums, Le premier clair de l’aube comporte néanmoins quelques titres qui feront sans nul doute mouche auprès des fans. De ses voyages à son émission Tété ou Dédé en passant par ses envies et ses craintes à l’heure de la sortie de son nouvel album, Tété fait un tour d’horizon de ses préoccupations en tant qu’artiste.
Quatre ans que ton précédent album est sorti, qu’as-tu fait durant ces 4 années ?
Le Sacre des Lemmings est sorti en octobre 2006, après ça j’ai tourné pendant un an en France. Ensuite, j’ai tourné beaucoup à l’étranger notamment aux États-Unis, au Japon, en Australie. J’ai aussi co-animé une émission Tété ou Dédé avec André Manoukian où on est allés dans 4 villes des Etats-Unis (New-York, San Francisco, Nouvelles Orléans et Miami) pour la première saison avec pour envie d’interviewer des musiciens, de faire le point sur l’histoire des courants musicaux. Après l’émission, je suis retourné en Australie pour y finir ma tournée, j’ai beaucoup aimé la scène australienne très folk, très acoustique, qui m’a d’ailleurs influencé pour ce nouvel album en fait.
Au retour d’Australie, j’ai pris un peu de temps pour écrire. Alors que j’avais écrit à peu près la moitié de l’album, je me suis dit que c’était dommage ne pas rester sur l’énergie de la tournée. Et du coup, on en a monté une nouvelle d’environ 45 dates qu’on a appelé Labo Solo. L’idée de cette tournée, c’était de tester les nouveaux titres devant un public. La tournée s’est terminée le 15 juillet 2008, je suis rentré chez moi terminer la maquette, je suis parti aux Etats-Unis fin septembre pour enregistrer et je suis rentré fin novembre avec l’album vraiment fini. Et là on vient de finir la nouvelle saison de Tété ou Dédé à Cuba.
Tes récents voyages ont influencé ta musique ?
C’était très enrichissant à chaque fois mais plus j’y allais et plus je me disais « tu les as pas compris ces musiques-là, t’as beau te raconter que ton truc c’est cette musique qui vient des U.S.A mais en fait ce n’est pas comme ça que ça se joue, ce n’est pas comme ça que ça se pense ni que ça se conçoit. Et si t’allais essayer d’apprendre au contact des gens ? ».
Ce que j’ai compris aussi, ce qu’en France, on est très accompagnés en tant que musicien même si les temps changent, que les clés de répartition évoluent. En revanche, dans ces pays, les musiciens sont impliqués à 200% dans leur truc car ils n’ont pas l’accompagnement que nous avons en France.
Quelles étaient tes envies quand tu as commencé à penser au Premier clair de l’aube ?
Pour les albums précédents, j’avais un confort certain en terme de travail. Pour celui-ci, je voulais remettre un peu d’urgence dans ma façon de faire de la musique. Bien sûr, j’ai pris énormément de plaisir à enregistrer les précédents albums, d’abord parce que je les ai faits avec des potes et que je m’y suis beaucoup investi. Mais alors que je peux jouer toutes mes chansons guitare-voix sur scène, sur les albums j’ai toujours ressenti le besoin de surenchérir au niveau des instruments, de ma voix… ce qui finalement a tendance à manger l’air. Pour Le premier clair de l’aube, j’avais envie d’oser le dépouillement.
Steve Berlin réalise ton nouvel album, qu’a-t-il apporté ?
Alors que la tournée n’était pas encore finie, je cherchais un réalisateur du cru. Les pistes n’aboutissaient pas. Quand je suis arrivé à Portland pour la tournée Labo Solo, mes potes m’ont dit que Steve vivait à Portland, on m’a donné son contact, il a assisté à un de mes concerts et ensuite on a bavardé ensemble. On s’est échangé pas mal de musiques, de références de blues du sud (J.B. Lenoir, Muddy Waters, Lightning Hopkins…) avant de vraiment débuter une collaboration.
Il a apporté une couleur, ne serait ce qu’au travers du choix des musiciens. On a bossé ensemble à distance au départ. Il m’a proposé des musiciens de la Nouvelle-Orléans, de New-York et Los Angeles. L’équipe s’est montée petit à petit. Il a pas mal respecté mes maquettes au final, mais il a su aussi m’apporter du recul et m’a montré comment faire vivre les silences au sein de ma musique. Il était le gardien du temple pour m’éviter de surenchérir comme j’ai pu le faire auparavant.
Ton précédent album traitait des thèmes de la société ou encore de l‘identité, quels sont ceux que tu souhaitais aborder dans celui-ci ?
Le dernier album tournait beaucoup effectivement autour de l’idée de citoyenneté. Celui-ci est plus une collection de lettres. J’avais envie de parler du cycle de la vie, de mon évolution, et de celui du regard que je porte sur le monde, notamment grâce aux voyages que j’ai fait ces dernières années. Par exemple, L’envie et le dédain, c’est un morceau qui parle d’ambivalence, on veut souvent tout et son contraire. 36’70, quant à lui, devait au départ ouvrir l’album mais comme il est assez singulier ce n’est pas forcément le meilleur ambassadeur pour ouvrir un album. Il s’appelle 36′70 parce que cela fait 37 minutes et 10 secondes, la durée de l’album en fait, c’est une espèce d’harangue à l’adresse des gens, en les remerciant de prendre le temps de m’écouter.
Anxieux à l’idée de la sortie de ton nouvel album ?
C’est assez paradoxal. Autour de l’idée d’un album qui sort, il y a fatalement une idée d’échéance et de rendez-vous. Et un rendez-vous, c’est toujours potentiellement manqué. D’un autre côté, lorsque l’on est dans un système d’écriture pour soi, tu mets en place un rapport aux choses et au monde qui t’entoure. Du coup quand la sortie d’un album ne devient pas une fin en soi mais une chance qui t’es donné de fixer à un moment donnée une version des morceaux qui font ton quotidien et qui te permettra peut-être de faire plus de concerts, à ce moment-là tu deviens moins nerveux à l’idée de sortir un disque.
Qu’est-ce qui a le plus changé dans ta façon de voir ta carrière de musicien ?
Les tournées à l’étranger ont renforcé et précisé quelque chose en moi. La culture du sortir un disque, faire de la promo, le défendre pendant un an ou deux sur scène, arrêter pour écrire… je ne vois plus ma vie de musicien ainsi, l’idée c’est d’écrire tout le temps, de tourner tout le temps, c’est ça le quotidien d’un musicien, quand tu as assez de nouveaux morceaux et que tu as une semaine devant toi, tu vas en studio enregistrer un nouvel album. Aujourd’hui, c’est ce qui me fait envie.
Si tu devais faire le bilan des 10 dernières années passées ?
Le bilan de ces 10 années c’est que j’ai beaucoup de chance parce que je peux faire mon métier dans de bonnes conditions, faire des concerts et de la musique que j’ai envie de faire en étant relativement peu exposé, sans être contraint par le fait d’avoir absolument une actu comme une sortie d’album, c’est ce qui s’est passé avec la tournée Labo Solo par exemple.
L’industrie du disque n’est pas en grande forme, tu en penses quoi ?
Je pense que l’on vit une période très intéressante. En 1929, durant la crise, l’industrie du disque a chuté de 90%. A l’époque, c’était surtout les Big Bands jazz qui marchaient et ils ont disparu avec la crise. De cette crise est né le rock ‘n roll parce que le rock c’était quatre mecs sur les routes dans une voiture par opposition à vingt musiciens dans un bus pour les Big Bands. Je pense que la crise actuelle va avoir une influence positive sur la création.
L’émission avec André Manoukian, c’est une belle aventure ?
J’ai croisé André quelques fois avant de faire l’émission et aujourd’hui je suis très très content de passer du temps avec lui à l’étranger. C’est une opportunité unique de rencontrer des musiciens de ce rang-là. Ces rencontres nourrissent mes envies de musicien. Je prends un peu de champ avec mon métier tout en restant dans quelque chose de complémentaire. Et puis j’adore interviewer des musiciens !
Tété, Le premier clair de l’aube (Jive Epic, Sony)

