John & Jehn sortent leur deuxième album Time for the Devil le 30 mars prochain. Français, exilés à Londres depuis quelques années, duo sensuel et sophistiqué, multi instrumentiste, John et Jehn ont décidé de ne pas se partager le travail et de toucher à tout. Des synthés qui se perdent dans une reverb gigantesque, des guitares saturées, des voix rauques et sensuelles, des batteries qui incitent à la danse. Et tout cela donne un mélange de Bowie, de Velvet Underground, de Joy Division ou encore New Order… s’il faut donner des références. Mais John & Jehn, sur ce nouvel album, c’est surtout un univers singulier, sombre, parfois décalé, qui suinte le sexe, l’alcool et les faubourgs londoniens. Un très bel album de rock… ou de new-wave… ou de pop… au final, quelle importance… Un très bel album.
Comment a commencé l’aventure John & Jehn ?
Au départ, c’est d’abord une rencontre amoureuse et puis on a commencé à faire de la musique ensemble. On a débuté le projet John & Jehn en 2005 en enregistrant une démo qui s’appelait L’amour ne nous déchirera pas en référence à un morceau de Joy Division Love will tear us apart. On s’est rendus compte que l’on pouvait très bien se suffire à nous-mêmes, à deux on est capables de jouer de la guitare, de chanter, de produire la musique, de faire les batteries, les parties de piano ou de basse. Donc, pendant quatre ans, on a fonctionné uniquement en duo sur scène, avec des boîtes à rythmes mais aujourd’hui on a deux musiciens qui nous accompagnent en tournée. Pour le nouvel album, qui est plus arrangé, plus orchestré, on a senti la nécessité de faire appel à deux potes musiciens, batteur et guitariste. C’est un grand changement pour nous.
Comment êtes-vous devenus musiciens ?
Jehn : J’ai commencé à l’âge de 9 ans, j’ai pris des cours de piano jazz pendant 10 ans et il a fallu tout désapprendre ensuite. En fait, je me destinais plus à une carrière de comédienne, j’étais au conservatoire d’art dramatique quand j’ai rencontré John.
John : J’ai commencé à jouer de la batterie à 12 ans et j’ai pris des cours avec le même prof pendant dix ans environ. C’est ce prof qui m’a ouvert de nouveaux horizons musicaux en fait. Ensuite, j’ai fait un rejet de la batterie pour aller vers la musique électronique. J’ai fait le conservatoire en électro-acoustique pendant quatre ans et j’ai gagné un prix. C’est aussi comme cela que j’ai appris l’enregistrement. J’ai fait aussi un rejet de ce truc là, c’est un milieu trop austère, trop fermé pour moi. Et voilà, j’ai voulu faire du rock et j’ai rencontré Jehn à ce moment-là.
En 2005, on a fait un maxi qui est tombé dans les bacs à Rough Trade, ce qui nous a incité à aller à Londres. C’est ce que l’on a fait en 2006, après près d’un an d’allers – retours entre la France et l’Angleterre, on s’est décidés à vivre définitivement chez la personne qui nous a accueillis et qui est aujourd’hui notre manager, Sally Gross. Grâce à elle, on a eu un endroit pour vivre, un endroit pour répéter et on a pu prendre le temps de construire notre premier album.
Qu’est-ce que Londres a changé dans votre vie ?
Londres a tout changé, notre façon de vivre, notre rapport à la musique… Ce qui nous a plu, ce sont surtout les rencontres et la crédibilité musicale que l’on a bien voulu nous offrir là-bas et que l’on n’aurait peut-être jamais connus en France. On s’est liés d’amitié avec les gens d’une salle qui s’appelle le Luminaire, un club de 300 personnes. Grâce à eux, on a eu beaucoup de presse en Angleterre et on a commencé à avoir une bonne notoriété.
Et puis, on est un couple, on travaille tous les deux à 100% sur le projet, ce qui fait que l’on peut devenir assez obsessionnels. Donc voyager, rencontrer des gens nous permet de sortir un peu de notre bulle. Et c’est aussi un peu l’essence de ce nouvel album, on s’est vachement ouverts comparé au premier, on a mis plus de mélodies et on a plus d’envie de partager notre musique.
Comment s’est passé l’enregistrement de Time for the Devil ?
Dès la fin du premier album, en 2008, on a commencé à écrire de nouveaux morceaux en se disant que personne n’en voudrait, on était un peu défaitistes en fait à l’époque. Du coup, cela nous a permit aussi d’envisager notre musique comme on voulait, sans se dire qu’il fallait prendre telle ou telle direction.
C’était aussi une manière pour nous de repartir à zéro. Quand on est revenus en France pour enregistrer, on s’est installés dans une maison familiale en Charentes, à cette époque on avait quasiment déjà écrit la moitié de l’album. Signer avec notre maison de disques nous a permis d’acheter du matériel pour enregistrer dans de supers conditions. On avait envie de passer un cap musical, de se prouver des choses et de ne pas se répéter, d’évoquer le changement et de l’assumer. En termes d’enregistrement et de son, on avait envie d’avoir quelque chose de différent, de mieux fait et plus abouti. Alors que pour le premier album, on cherchait la simplicité à travers de belles chansons, pour celui-ci, on voulait de belles chansons, de belles mélodies mais aussi un son particulier et travaillé.
Quels sont les thèmes abordés dans ce nouvel album ?
C’est très souvent l’amour, on est deux individus au sein d’un couple qui se complètent sur le domaine créatif. Nos textes parlent aussi beaucoup de l’enfermement, de la claustrophobie, du besoin de sortir de nous-mêmes et à quel point la musique est un exutoire pour le couple. Nos textes sont très personnels, notre intimité est toujours développée d’une certaine manière, en accentuant les côtés dramatiques ce qui nous permet d’éviter l’impudeur. Nos chansons sont le reflet de notre imaginaire finalement, comme un cliché de notre vie intérieure.
Le morceau qui vous ressemble le plus ?
Oh my love est sûrement le morceau qui se rapproche le plus de nous, qui évoque le plus notre rapport intime à la musique. Il était déjà sorti en Angleterre sous la forme d’un maxi et on a décidé de le mettre dans l’album. Ce morceau a été le point de départ de la direction artistique de cet album en fait, quand on a écouté la première fois ce morceau terminé, on s’est dit que c’était exactement ce que l’on voulait faire. On aime aussi beaucoup Down our streets, qui parle de Londres, de notre expérience de cette ville, qui peut être une ville à la fois abjecte et fascinante.
Votre rencontre avec Dave Bascombes ?
Dave Bascombes (Ndlr : ingénieur du son pour Tears for Fears, Depeche Mode…) est une pointure de la scène anglaise des années 80 que l’on a toujours adoré, on a eu de la chance, il a adhéré au projet très vite. On l’a rencontré physiquement il n’y a pas si longtemps finalement. Pendant plus d’un an, on a eu que des échanges par mail, on lui envoyait régulièrement nos morceaux et il a voulu y participer alors que l’on n’avait pas encore de maison de disques. On avait vraiment besoin de quelqu’un qui apporte une couche de vernis, une brillance et une dynamique à notre musique via le mix. Cela a été génial de bosser avec lui.
Pas évident de proposer votre univers sur scène ?
On a deux musiciens avec nous, qui nous apportent une confiance et une fraicheur nouvelles sur scène, on arrive à exprimer et même à dépasser ce que l’on a réussi a faire pendant l’enregistrement. Même si cet album est un album studio, assez sophistiqué, finalement les morceaux sont simples et épurés et se prêtent très bien à la scène. C’est que du bonheur de jouer cet album en live parce que l’on peut vraiment s’amuser avec l’interprétation.
Si vous deviez inviter un artiste à jouer avec vous ?
Définitivement, David Byrne des Talkings Heads, on est super fan du projet Stop Making Sense, à l’époque où Talkings Heads étaient accompagnés sur scène par plein de musiciens blacks. David Byrne est vraiment un génie, par exemple pour le concert de Stop Making Sense, il construit la scénographie au fur et à mesure du show, il arrive à montrer le processus créatif. En même temps, il a toujours essayé de mettre de côté son aspect intello pour aller à l’essentiel de sa musique.
L’après Time for the devil ?
On est déjà en train de bosser sur notre troisième album, on bosse aussi sur des projets de potes.
John & Jehn, Time for the devil (Naïve)
http://www.myspace.com/johnjehn
Blog de John & Jehn


