Interview de Housse de Racket


Housse de Racket, un duo français qui fait de la musique électro. Jusqu’ici, rien de très original, si ce n’est que leur premier album « Forty Love » est à l’origine d’un des plus gros buzz depuis qu’il est sorti en 2008. Savant mélange de house et de pop, empruntant certaines ambiances aux maîtres du synthé tel Giorgio Moroder, « Forty Love » est bien plus que le clin d’œil tennistique auxquels les deux musiciens font référence. Victor et Pierre nous ont reçus dans leur studio, au milieu de leur impressionnante collection de synthés.

Comment vous-êtes vous rencontrés ?
On s’est rencontrés au conservatoire. Vers 18 ans, on a fait notre premier groupe de funk, avec 10 personnes sur scène, des cuivres à fond, une grande formation.
Mais, gérer dix personnes, ça devenait impossible. On a donc décidé de faire notre truc tous les deux. Housse de Racket est un peu né sur les cendres de ce groupe de funk. Et comme on a toujours écouté plein de trucs, d’Earth Wind and Fire à Nirvana, en passant par les Daft Punk ou Air, on a voulu que cela se retrouve aussi dans notre premier album.

Qui fait quoi dans Housse de Racket ?
On compose très souvent tous les deux. Sinon, on bosse chacun de notre côté et on le montre à l’autre. Pierre est guitariste, il joue de la basse et des synthés et chante aussi, et Victor fait les batteries et des claviers. On est vraiment complémentaires.
Avant on était cinq sur scène, c’était très chouette. Mais, un jour, Phoenix nous a proposé de faire leur première partie sur une tournée. Pour des raisons financières, on n’a pu partir que tous les deux et finalement cela nous a semblé assez pertinent. Maintenant, c’est aussi devenu un choix artistique.

La tournée avec Phoenix…
Pierre jouait avec Phoenix, il faisait les claviers en remplaçant Rob. On a sympathisé et ils nous ont proposé cette première partie. Cette tournée nous a ouvert des portes, c’était très encourageant et c’est aussi cette tournée qui nous a permis de faire notre album quelque part.

Gonzales est présent sur un des titres de l’album, comment l’avez-vous rencontré ?
En 2006, on a rencontré Teki Latex, qui devait sortir son album solo. Teki nous avait vu en concert et avait pas mal accroché. Il nous a proposé de l’accompagner sur scène. Et c’est Gonzales qui chapeautait la production de son album solo. Donc on a sauté sur l’occasion pour lui faire écouter nos démos et il a bien aimé. Il souhaitait s’impliquer dans la réalisation, mais il nous a dis que le projet était assez aboutit, au final il n’a fait qu’une apparition sur un morceau de l’album. Le morceau le plus rock FM « Champion », et ça nous a fait marrer de faire ce morceau assez kitsch, avec des textes volontairement naïfs. Track qui d’ailleurs n’a pas forcement été bien perçu en France, le second degré n’a pas été compris peut-être. Sinon Gonzales a aussi fait un remix de « Oh Yeah » qui est vraiment sympa.

Combien de temps a pris la composition et l’enregistrement de l’album ?
La composition a pris 3, 4 ans, entre 2004 et 2008. On a aussi pris le temps de signer avec une maison de disques.  Le temps d’écrire tous les morceaux, c’est vraiment un premier album avec des titres que l’on trimballe depuis un bon moment, on a fonctionné comme un entonnoir, c’est un patchwork de plein de choses. Mais c’est normal, c’est un projet ambitieux, un album concept, avec des références glam-rock à la Bowie, assez power pop et naïf dans les textes. Dés le début, on n’avait pas envie de faire comme tout le monde, à l’époque la housse pillait la funk, donc nous on a décidé de pillé, de racketter la housse. Et puis à notre époque, avec la culture du single, on a voulu prendre le contrepied et faire un album qui s’écoute entièrement.

Vous êtes en pleine tournée, quel est l’accueil dans les pays étrangers ?
On a beaucoup de chance, ça change les perceptions. On adore tourner en France mais quand tu commences à jouer en Europe, en Angleterre, en Belgique, au Japon, en Chine…Forcement ton horizon et ta façon de voir ta musique évolue. Disons que c’est très motivant.
Vis-à-vis du public, vu que l’on chante en français, y’a un truc exotique qui sort de ça et qui plait.
C’est pour cela que l’on cultive aussi notre identité française, surtout pour exister à l’étranger.
Notre premier maxi a été distribué au Japon, mais on y est retournée en mai parce que l’on a dessiné un T-shirt pour APC, et là-bas on a signé avec un label. Notre album va sortir en Asie en début d’année prochaine.

Que pensez-vous des critiques à l’encontre de la scène « french touch versaillaise » ?
On a un peu halluciné au départ, parce que l’on nous a associé à cette scène-là alors que l’on vient de Chaville. Les mecs de Versailles, on les croise souvent c’est sûr, on connaît bien Etienne de Crécy, Gopher, Air. Mais on n’est pas dans le même créneau, y a une mythologie qui s’est créée autour de ça. Ils ont tracé un chemin et si on peut aujourd’hui faire des tournées en Angleterre c’est parce que ces mecs ont ouvert la voie. C’est des précurseurs, si on est assimilé à cette scène, tant mieux au final ! On préfère être associé à ces artistes et cette scène-là qu’à la variété ou la chanson française.

Est-ce que vous faites des productions pour d’autres artistes ?
On s’auto remixe souvent ! Plus sérieusement, on a peut-être un truc avec le 113, avec qui on aimerait bien bosser. Et puis, on a fait un remix pour un groupe américain, Baby Monster, qui va sortir sur le même label anglais que nous. Après le deuxième album, cela pourrait bien nous botter de travailler pour d’autres artistes mais pour le moment on se consacre vraiment à Housse de Racket. Sinon, on est pas mal demandé en tant que musiciens de studio ou de scène, plus que comme producteurs en fait.

Quels sont les artistes avec qui vous aimeriez travailler ?
Avec Sébastien Tellier, ce serait vraiment sympa. Il arrive à faire ce truc très second degré mais hyper classe. On a eu la chance de jouer avec lui et Gonzales à Los Angeles, c’était vraiment l’hystérie dans le public. Tellier c’est le dandy moderne électro. C’est au niveau du « Love on the beat » de Gainsbourg, il arrive à trouver le juste milieu.

Qu’est ce qui tourne sur la platine des Housse de Racket en ce moment ?
On a été voir Prince, c’est un tueur, on est des gros fans du triangle magique Prince, Stevie Wonder, Michael Jackson…On adore la musique Black, le rock anglais à la Bowie. Mais après avoir creusé dans le passé, dans les références classiques, aujourd’hui on aime bien les Klaxons qu’on a vus à Rock en Seine. Sinon on écoute Metronomy, Late of the pier…

Vous avez utilisé quel matériel pour « Forty Love » ?
Beaucoup de synthés, le Juno-60, le ms-20…On a une grosse collection de synthés, 20 ou 30 synthés surement. D’ailleurs on s’y perd un peu, ce qui fait que pour le prochain album on va se limiter. C’est aussi dans les contraintes que tu peux devenir plus créatif. On sort un titre qui s’appelle Synthétiseur, qui sera le dernier single de l’album, histoire de clore un peu cette histoire.

Vidéo Housse de Racket – Synthétiseur

La loi Hadopi, le téléchargement illégal, vous en pensez quoi de tout ça ?
Plus notre musique circule, plus elle sera écoutée dans le monde entier, c’est forcément un point positif, parce que grâce à cela on peut allez jouer à Tokyo ou en Amérique du Sud sans que notre album y soit distribué !! Pour le Live, c’est vraiment un bon truc.
Après forcément, tout le monde n’est pas Radiohead et ne touche pas une fortune à chaque concert, les ventes de disques comptent aussi pour des petits groupes comme nous. Après, on est présent sur Internet, on a un blog qu’on essaie de faire vivre souvent. Aujourd’hui, tout le monde peut faire de la musique, mettre en ligne, faire sa promo…finalement tout le monde a accès à la musique et on trouve que c’est bien, c’est démocratique, mais en même temps ce n’est pas vraiment aussi bien que cela parce que on trouve beaucoup de trucs pourris sur myspace.

Un prochain album ?
On est en plein dedans ! On a beaucoup moins de temps pour faire ce nouvel album que pour le premier mais c’est assez jouissif parce que l’on est déjà impatient de sortir nos prochains morceaux. Il devrait sortir d’ici un an normalement. On a déjà quatre, cinq titres de fait, et on est assez content parce que l’on sent que ce prochain album aura une vraie couleur, certainement un peu plus sombre que le premier, en tout cas moins basé sur la blague. On a beaucoup évolué depuis le premier, entre les tournées, les rencontres avec d’autres musiciens, et tout cela va se ressentir dans le prochain.

Housse de Racket, Forty Love, Discograph.
http://www.myspace.com/houssederacket

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