
Féloche, c’est un artiste avec un parcours assez atypique. Il débute dans Vopli Vidopliyassova, un groupe de punk ukrainien au début des années 90, il se retrouve à jouer devant des stades entiers en première partie de Samantha Fox. Puis finalement, il décide de rentrer à Paris et de trouver son propre son, mélange de blues, de rock, de musique Cajun et d’électro. Et quand après plus de 10 ans de bricolage, il s’entoure de Dr John le mythe louisianais ou encore de Nora Arnezeder la jeune chanteuse et comédienne parisienne, c’est pour livrer un album coloré, vivant et enjoué …Un voyage en pays vaudou, où on se laisse, avec délice, emporter par une transe venue tout droit du Bayou Urbain.
Comment es-tu devenu musicien ?
Jeune, j’ai fait de la trompette au conservatoire sans vraiment comprendre pourquoi je faisais de la musique. J’ai vraiment commencé à m’éclater quand j’ai arrêté la trompette pour me mettre à la guitare. J’ai pris des cours de guitare jazz. Après, j’ai trouvé une mandoline pas cher chez Paul Beuscher. Si on m’avait dit au départ que la mandoline se rapprochait en pratique autant du violon, je n’y serais pas allé les deux pieds dedans comme je l’ai fait. J’ai appris la mandoline un peu à l’instinct, comme un sauvage. C’est marrant, c’est le jour où j’ai acheté cette mandoline que j’ai trouvé le riff du morceau « La vie Cajun », il y a dix ans maintenant !
Quel a été le choc musical le plus déterminant dans ton parcours de musicien ?
La génération d’avant c’était les Beatles, moi c’est Prince avec l’album « Sign ‘O’ The Times ». Après j’ai écouté beaucoup de Funk, j’ai commencé à comprendre les orchestrations, le rythme. Il reste beaucoup de choses de cette époque dans ce que je fais aujourd’hui. Il n’y a pas longtemps, j’ai réécouté l’album « The World in a Day » et j’ai retrouvé des trucs dans « La Vie Cajun » qui ressemble à cet album. Un truc un peu débridé, bordélique, fait à la maison. Sinon, j’écoute souvent Ali Farka Touré, son jeu de guitare a certainement influencé ma façon de jouer de la mandoline.
On découvre ta voix sur cet album…
En fait, je ne peux pas tout chanter. Rien que pour faire des chœurs, ce n’est pas évident pour moi. Je n’arrive à chanter que certains mots, certains sons en fait qui vont bien avec manière de chanter et d’accentuer certaines sonorités, sinon ça sonne faux dans ma bouche. D’un autre côté, je pense que tout le monde ne pourrait pas chanter mes chansons, mon phrasé est bizarre.
Tu bosses chez toi ?
Oui, je suis un gros bidouilleur, je crois avoir été un des premiers à posséder un home – studio chez moi. A l’époque, j’étais sound designer pour des sites Internet ou ingénieur du son de temps en temps. Ca m’a permis d’apprivoiser l’aspect technique et de faire le tri dans toute cette technologie. Je me dis que les jeunes maintenant doivent être paumés dans cet océan de technologies avant de pouvoir trouver leur propre son.
Tu as tout fait tout seul sur cet album ?
J’ai fait toutes les musiques et la plupart des textes. Cela m’a pris trois ans pour faire cet album, même si j’avais quelques idées de mélodies qui existaient depuis longtemps. En mars 2006, j’ai ouvert un Myspace avec un premier morceau « La Vie Cajun » et depuis je n’ai pas arrêté !
Comment tu t’y prends pour écrire tes textes ?
Je travaille sur des thèmes ou sur des phrases comme « Darwin avait raison ». J’avais plein de couplets au départ, des textes un peu trop réalistes à mon goût, ce n’est vraiment pas pour moi les trucs trop concrets, ça me parle pas.
J’ai viré quelques morceaux un peu trop autobiographiques pour garder ceux qui laissent plus de place à l’imagination. Ce qui conditionne ma façon d’écrire, ce sont les sonorités des mots que j’utilise.
[vimeo 9385560]
Tu bosses un peu comme un mec qui fait de l’électro en fait…
Bah ouais, j’ai les mains dans le moteur depuis longtemps. J’ai même eu le Mac le plus puissant du monde à un moment, j’avais fait importé un biprocesseur et je l’avais suroverclocké. A l’époque, j’étais un peu geek mais depuis j’ai pris un peu l’air ! Quand j’ai ouvert mon Myspace, j’avais mis Electro – Cajun, mais c’était plus de la blague comme si je disais du néo-roots-émo-métal.
Maintenant, je revendique mon son comme du Bayou urbain (Ndlr : le Bayou est à l’origine le nom donné aux marécages formés par le Mississippi en Louisiane). Ma musique est un peu comme un plat louisianais mijoté pendant des heures, mais au fond d’une cave de banlieue.
Tu préfères quoi, la scène ou le studio ?
Les deux me plaisent. J’avais tellement laissé tomber la scène pendant longtemps pour me consacrer à mes morceaux qu’aujourd’hui ça m’éclate vraiment de me retrouver sur scène.
Et puis se retrouver sur scène avec un mec qui slappe comme un dingue sur sa contrebasse, une nana qui tape sur un pad pour envoyer des samples, et moi au milieu de tout ça à jouer de la mandoline, c’est la réalisation d’un rêve pour moi.
Dr John a refusé de faire de la musique avec Bob Dylan mais a accepté de bosser avec toi…
Les mecs de Ya Basta !, mon label, m’ont demandé si j’avais envie d’inviter un artiste sur l’album, en déconnant je réponds Dr John. L’idée les a séduits en fait et ils ont envoyé le disque à son manager. Pas longtemps après, son assistante m’a contacté pour me dire qu’ils avaient bien aimé ma musique et qu’ils étaient d’accord pour participer sur un titre. Je lui envoyé mes textes et mes maquettes, et après ça je suis parti les rejoindre en Louisiane pour enregistrer. Ce mec c’est un vrai de vrai, il est habité par les fantômes, il est à fond dans la culture vaudou. Quand je suis rentré de là-bas, je me suis bon ça part pas mal tout ca !
Et si tu devais choisir un artiste français avec qui faire un morceau ?
J’aime bien des mecs comme Ceux qui marchent debout ou un groupe comme Moriarty. Moriarty, j’adore leur goût de la mise en scène. Mettre en scène les fantasmes, les rêves, les histoires que tu te racontes j’adore et je trouve qu’ils le font super bien.
Féloche, La vie Cajun (Ya Basta !, Naïve)
http://www.myspace.com/feloche







