Quatrième album de Corneille, Sans Titre, a été composé à quatre mains. Sofia de Medeiros, sa femme, écrit les textes et Corneille compose, la plupart du temps à la guitare acoustique. Mais que les fans du chanteur de R’n B ne s’inquiètent pas pour autant, le jeune Rwandais n’a rien perdu de son groove sexy et légendaire. Corneille, 8 ans après son premier album « Avec classe » qui l’a propulsé en haut des charts, tente une double carrière en lançant simultanément un album en anglais aux USA et cet album en français. Une carrière internationale que Corneille envisage avec sérénité et curiosité renouvelée. Rencontre…
Comment est venue l’idée de collaborer avec ta femme sur cet album ?
J’ai changé de méthode pour cet album, avant j’étais un peu désordonné, l’inspiration me venait comme ça. J’allais en studio et j’avais des thèmes plus ou moins clairs en tête. En 2007, j’ai fait un album avec mon épouse Sofia. Elle avait écrit tous les textes. A la lecture de chaque texte, je me mettais à la guitare et les musiques me venaient spontanément. Cette expérience était tellement satisfaisante, agréable et facile… l’écriture était la partie de mon travail que j’intellectualisais un peu trop à une époque. Et grâce à Sofia, je pouvais me concentrer sur la composition. On a décidé de recommencer cette expérience pour ce nouvel album. Et c’est ce que l’on a fait il y a à peu près un an et demi, j’ai commencé à parler avec Sofia des thèmes qui me tenait à cœur et c’est parti comme ça.
Quels sont ces thèmes ?
Je voulais notamment parler de l’époque de ma vie où je suis passé de l’anonymat à la notoriété. J’ai pris un peu de recul sur mon statut d’artiste, je voulais comprendre ce que j’étais prêt à sacrifier pour vivre de ce métier, conserver ma sincérité, ma générosité avec le public sans avoir l’impression d’appartenir aux gens ou aux médias.
Le morceau « En attendant » est-il une réponse à une certaine forme de discrimination à laquelle tu as été confronté ?
Sans avoir été personnellement victime de discrimination, j’avais envie de parler de l’identité. C’est pas toujours évident de porter une responsabilité qui dépasse l’artistique ou le social lorsque l’on s’engage pour une cause ou une autre, notamment quand on fait partie de la minorité visible comme on dit. On peut très vite être le symbole de quelque chose de fort, prendre cela très au sérieux au point de mettre de côté sa carrière de musicien. C’est un peu ce qui m’est arrivé quand j’avais 25 ans. Je me suis aussi posé des questions sur le thème de la communauté, je voulais essayer de comprendre ce que représentait le fait d’appartenir à une communauté aujourd’hui.
En occident, on a beau être d’origines diverses, on est très occidentalisés, culturellement il y a un fort décalage entre moi et ceux qui vivent encore dans mon pays. Et étant métisse, ma femme d’origine portugaise et québécoise, l’identité est naturellement un thème qui nous interpelle beaucoup. Et puis, il faut avouer que j’avais envie de me débarrasser du fait qu’il fallait que je défende les intérêts d’une communauté plus qu’une autre.
Un de tes titres parle de l’abus sexuel des enfants…
Je me suis rendu compte que ce n’était pas un phénomène rare et que cela restait néanmoins tabou de nos jours. C’est sûrement le mal le plus pervers de l’humanité et on en parle peu. Il me semble essentiel de lever le voile, de remettre le pouvoir dans les mains des victimes. J’ai moi-même été victime d’abus et j’ai dû passer par ces étapes pour reprendre le pouvoir sur ma propre histoire.
Tu fais la promotion de Birth of Cornelius actuellement aux USA, pas évident de jongler entre deux albums, deux langues ?
Je deviens complètement schyzo, c’est deux mondes tellement différents. Mais en même temps, c’est une période très intéressante pour moi et j’ai l’impression de revivre aux Etats-Unis ce que j’ai vécu à mes débuts en France.
Je n’aurais pas pu faire cela il y a 4 ou 5 ans. C’est un pays très protectionniste culturellement, mais ils sont en pleine réforme idéologique et c’est dans ce mouvement que je trouve ma place. Ce que je suis et qui m’aurait empêché de trouver une porte d’entrée il y a quelques années, aujourd’hui me sert beaucoup. Je suis assez content, j’ai autant la curiosité des médias généralistes comme des trucs un peu plus pointus.
Ton album semble être fait pour la scène…
J’ai fait l’album en composant à la guitare, en composant cet album, j’écoutais beaucoup de funk des années 70, du Nigéria, de la High-Life et c’est après que je me suis rendu compte que les nouveaux morceaux conviendraient parfaitement pour la scène. Ça tombe bien, j’avais envie de cela, mais au départ je n’ai pas pensé à la scène quand j’ai commencé à composer cet album.
Quel est l’artiste avec qui tu rêves de travailler ?
Assez bizarrement, il n’y pas de nom qui me vienne en tête, je suis en pleine découverte de moi-même, de l’artiste que je suis, de ce que je suis capable de faire. Un truc que j’ai toujours voulu faire c’est trouver un moyen de me rapprocher d’une expression personnelle et très fidèle à l’individu que je suis. J’aimerais trouver l’expression parfaite de mon propre univers artistique.
Qu’est-ce que l’on peut te souhaiter pour le futur ?
Déjà, j’espère que l’industrie musicale va mieux se porter, parce qu’en ce moment c’est un peu la catastrophe, même si j’ai envie de penser que cette crise est nécessaire pour prendre plus de risques artistiquement. Et personnellement, j’ai envie de faire des albums en français et en anglais, et à terme j’aimerais écrire et produire pour d’autres artistes.
Corneille, Sans Titre (Wagram music)






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