
Après un premier album sorti en 2007 nommé « Lego the lion », Anthony Joseph sort un nouvel album “ Bird Head Son” avec le Spasm Band. A la croisée du spoken word à la Gil Scott-Heron et de l’afrobeat de Fela Kuti, le poète-écrivain-chanteur, Anthony Joseph, nous réserve bien des surprises et sera à n’en pas douter un des artistes majeurs de la black music dans les années à venir. Découverte…
Peux-tu nous parler de ton nouvel album “Bird Head Son” ?
Je ne sais pas si je peux en parler simplement, d’autant qu’il est très difficile de traduire la musique en mots, mais je peux dire que l’on tente d’importer dans notre musique toutes les influences de la diaspora africaine. Si tu écoutes notre musique, tu peux entendre un mélange de rock psychédélique, de blues, de jazz, de soul, de reggae, de gospel, de calypso…Mais ce n’est pas une volonté déterminée, c’est ainsi car c’est le mélange des influences propres à chaque musicien du groupe.
Ta musique est un mélange de jazz, de funk, de musique africaine et de bien d’autres choses…
L’origine de mes influences musicales est définitivement la musique calypso que j’écoutais, enfant, à Trinidad. Là-bas, la musique que l’on entend dans les églises est un mélange de musique voodoo, de calypso et de candomblé. C’est d’abord dans les églises que j’ai découvert la musique.
Mais je n’écoutais pas que cela, j’écoutais aussi beaucoup Fela Kuti, de disco, de funk, de rock à la radio. Finalement, je me suis penché sur toutes les musiques issues des musiques africaines.
Anthony Joseph & The Spasm Band Live !
Le “Spasm Band” est un concept tiré de ton livre “The African origins of UFO’s””, tu peux nous expliquer ce concept ?
J’ai écrit ce livre il y a quelques années, c’est un livre assez futuriste en quelque sorte dans lequel je parle d’un groupe “The Spasm Band” qui aurait pour mission de sauvegarder le funk et la musique africaine vivants ! Un peu à la manière de Parliament et de Georges Clinton, j’ai envie de transcender nos vies matérielles et terrestres par la musique. Comme dans le free jazz également, avec des artistes comme Sun Ra qui ont essayé d’atteindre ce niveau supérieur dans leur musique, exprimant ainsi la volonté des peuples opprimés de s’en sortir. A travers ce concept, j’envisage la musique comme une issue à nos contraintes terrestres.
Avant d’être musicien, tu es écrivain, quelle est ta relation à l’écriture ?
Avant d’être écrivain, je suis d’abord un poète. Parce que je crois que la poésie est une façon de voir le monde, un état d’esprit, et que l’on peut exprimer cette poésie à travers la musique comme la littérature ou bien d’autres formes artistiques. J’aime envisager la poésie comme un travail artisanal. Retravailler mes textes à la manière d’un artisan, c’est une façon très basique de faire de la poésie…un peu à la manière d’Aimé Césaire.
Penses-tu que la musique comme l’écriture soient des actes politiques ?
Oui, certainement, nous ne sommes pas dans une démarche de « pop music », nous ne courrons pas après un hit ou des clips sur MTV. Nous rejetons quelque part la commercialisation à outrance, et c’est ainsi que nous envisageons notre musique comme un acte politique. Nous ne faisons pas de la musique pour être au top des charts, mais parce que la musique est toute notre vie !
Keziah Jones joue avec vous sur ce nouvel album…Une jolie surprise !?
A Londres, au milieu des années 90, il y avait une scène rock noire avec des groupes comme Skunk Anansie. Keziah et moi faisions partie de cette scène à l’époque.
On s’est donc rencontrés, on a fait de la musique ensemble, on a aussi beaucoup fait la fête ensemble ! On échangeait sur notre vision de la musique, on cherchait nos voies respectives. Chacun a fait son chemin mais on a gardé contact, et lorsque l’on a enregistré cet album, je voulais absolument que ce merveilleux guitariste soit présent avec nous. Keziah a de suite accepté et voulait être présent sur tous les morceaux de l’album !
Tu débutes une tournée en Europe, qu’est-ce que tu recherches sur scène ?
J’aime me perdre moi-même sur scène, être dans un état second, presque extatique. Lorsque tu es sur scène, tu te mets dans la peau d’un personnage en quelque sorte, or je préfère ces moments où tu ne joues plus parce que tu perds le contrôle, parce que la musique t’emmène vers des territoires inconnus. Et ça le public le sent, c’est ce rapport avec le public que j’ai envie d’installer en concert.
Quels sont les artistes qui t’ont le plus marqué ?
Un des artistes qui m’a le plus ému est Richie Evans, c’est l’artiste qui a ouvert le festival Woodstock, c’est un musicien qui se transcende sur scène et exprime une magie unique. Mais pour moi, Fela Kuti est l’artiste le plus funky que le monde n’ait jamais connu, même devant James Brown !
Le prestigieux Granta mag (Ndlr: magazine autour de l’écriture contemporaine anglaise) t’as nommé l’un des 10 plus importants jeunes écrivains anglais, est-ce important pour toi ?
C’est important dans la mesure où ça me permet de me faire connaitre du public, ce n’est donc pas un mal. J’ai également été le premier écrivain britannique choisi pour être en résidence dans une université californienne, et ça m’a également beaucoup touché. Mais l’essentiel n’est pas là bien sûr.
Quels sont tes projets après « Bird Head Son » ?
Un prochain livre qui sera un recueil d’une centaine de poèmes, écrit d’une façon assez surréaliste, un peu à la manière de l’écriture automatique. Peut-être mettrons-nous ces mots en musique d’ailleurs.
J’ai aussi envie d’écrire la biographie d’un musicien de calypso très connu à Trinidad, Lord Kitchener. Enfin, j’ai pour projet d’enregistrer un nouvel album avec the Spasm Band, mais à Trinidad cette fois.





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